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 Seuls

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Reflets de Lune
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MessageSujet: Seuls   Dim 8 Jan - 14:39:03

Seuls
Et si Plume de Jais et Feuille de Lune retournaient ensemble ?
|Alternative, à ne lire qu'après le cycle deux pour les spoilers|

- Ajout des personnages vu que je ne m'y retrouve plus, là.
Voilà, j'avais soudain envie d'écrire une nouvelle fanfiction, j'ai donc décidé de prendre pour héros mes deux personnages préférés du deuxième cycle ; Plume de Jais et Feuille de Lune. Parce que leur amour est impossible ; et parce qu'ils s'aiment quand même. Parce que je trouve ça trop,bête qu'ils se séparent. Parce que c'est leur séparation qui rend ça extraordinaire. Je part donc de la fin de Coucher de soleil ; Griffe de ronce vient de tuer Plume de Faucon, tout le monde est heureux, sauf Feufeuille et Pluplume...
(Commentez ici)

Personnages
Spoiler:
 

PROLOGUE


Des ombres glissaient sans bruit, leur pelage soigné luisant d'étoiles. Il se rassemblaient dans un petit vallon, autour d'une mare alimentée par une cascade.
Silencieux, calmes, discrets, ils formèrent un cercle autour de l'eau étincelante de reflets.
Une chatte gris-bleu, au museau cerclé de poils blancs, monta sur un rocher surélevé, et prit la parole. « Salutations, chat du Clan des Étoiles. J'ai convoqué cette Assemblée pour que nous débattions ensemble du destin de deux chats. Vous savez tous de qui je veux parler.
- Ils devront suivre le code du guerrier ! Cria un chat noir, portant l'odeur du Vent.
- Parfois, ce n'est pas possible, répondit simplement une petite chatte écaille-de-tortue aux pattes blanches.
- Je suis d'accord avec toi, Petite Feuille, dit Étoile Bleue.
- Laissons-les se débrouiller, intervint un grand mâle noir et blanc à la longue queue.
- Leur destin changera le chemin des Clans, Étoile Filante, l'avertit la vieille chatte bleue.
- Ce n'est pas au Clan des Étoiles de décider de leur vie à leur place. Ils ont le droit de faire leurs propres choix, sans être obligés de suivre ce que nous voulons pour eux, s'obstina le chef.
- Mais leurs erreurs pourraient leur coûter la vie !
- Et alors ? Ils apprendront bien plus en vivant par eux-mêmes qu'en écoutant une bande de vieux chats stupides et bornés.
- Je te rappelle que tu fais partie de cette bande, fit remarquer Cœur de Chêne, un ancien lieutenant du Clan de la Rivière.
- Soit, les rappela à l'ordre Étoile Bleue. Nous devons décider quoi faire.
- Laissons-les prendre leurs propres décisions. Ils en sortiront... Plus grands, assura la petite guérisseuse.
- Tu en es sûre ?
- J'ai fait un rêve, confia-t-elle à l'assemblée qui la regardait, les yeux ronds. Deux étoiles marchant côté à côte, vers des cieux inexplorés. » Elle sourit légèrement, puis se détourna, et les chats, illuminés par leurs étoiles respectives, se dispersèrent en murmurant entre eux.
Étoile Bleue s'approcha de Petite Feuille. « J'espère que nous avons pris la bonne décision », chuchota-t-elle.
« Je l'espère aussi », murmura la guérisseuse en scrutant le ciel.
*
* *


Dernière édition par Reflets de Lune le Sam 3 Mar - 14:36:30, édité 4 fois
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MessageSujet: Re: Seuls   Lun 9 Jan - 18:37:36



CHAPITRE 1

Je t'aime, Plume de Jais. Mais je dois retourner aider mon Clan.
Ces quelques mots, dépourvus de sens lorsqu'ils étaient seuls mais porteurs de douleur assemblés, tournaient et retournaient dans sa tête, mélodie infernale et inoubliable.
Quatre lunes.
Quatre lunes que Feuille de Lune se morfondait au sein du Clan du Tonnerre, qu'elle attendait désespérément un chaton. Le chaton d'une autre.
En effet, elle s'était promis, et l'avait promis à Plume de Jais à l'Assemblée suivant leur retour, que dès que son apprentie serait prête à prendre sa suite, ils partiraient tous les deux – sans se retourner, cette fois.
Mais là était tout le problème ; il n'y avait pas eu de naissances, et encore moins d'apprentis capables d'être guérisseurs.
Les quatre petits de Poil de Châtaigne, Petit Loir, Petit Pavot, Petite Cendre et Petit Miel, avaient déjà fureté dans sa tanière, comme tous les chatons ; mais pas un ne semblait réellement s'intéresser à son art. Surtout Petite Cendre, qui, de tout son être, était destinée à devenir un e guerrière. Elle trottinait sur ses courtes pattes, ses poils gris cendre hérissés par le froid, posant mille et une questions aux guerriers de passage.
L'espoir de Feuille de Lune ne se flétrissait pas. Il ne lui restait plus qu'à attendre deux lunes, alors Petit Loir serait prêt ; elle lui transmettrait son savoir, et pourrait enfin retourner batifoler avec Plume de Jais...
Mais d'ici là, il fallait attendre.

Feuille de Lune bâilla, et s'étira longuement. En ce frais jour du début de la saison des Feuilles Mortes, elle avait prévu de rassembler toutes les plantes dont elle pourrait avoir besoin durant la mauvaise saison, et qui risquaient de mourir d'ici-là. Elle devait donc cueillir une bonne quantité d'herbe aux chats, un peu de consoude et surtout, de la tanaisie pour les blessures de guerre.
C'était ce qu'elle craignait le plus ; tomber à cours d'herbes alors que ses camarades blessés aient besoin de soin. Et surtout, que Plume de Jais soit au nombre des dommages collatéraux.
Alors qu'elle sortait, la voix de Griffe de Ronce l'interpella. « Feuille de Lune ? »
Elle se retourna en soupirant, et répondit calmement au mâle tacheté. « Qu'y a-t-il ?
- Où va-tu ?
- Récolter des herbes, répondit-elle simplement.
- Tu veux un guerrier pour t'accompagner ? Depuis quelques temps, les autres Clans se tiennent tranquilles, mais avec ces renards et ces blaireaux...
- Si tu veux, Griffe de Ronce. Je peux prendre Perle de Pluie ?
- Bien sûr. Je vais le réveiller. »
Le lieutenant disparut dans la tanière des greniers. Il y eut quelques grognements ; puis, il ressortit, aussi frais que Perle de Pluie, qui le suivait, était endormi.
« S'qui's passe ? Demanda-t-il d'un ton ensommeillé.
- Accompagne Feuille de Lune pour récolter des herbes. » S'adressant à cette dernière, il poursuivit : « Que veux tu cueillir ?
- Tanaisie, consoude, herbe aux chats, cerfeuil... entre autres.
- J'en déduis donc que tu vas au Nid de Bipède Abandonné ?
- C'est le seul endroit où pousse de l'herbe aux chats, confirma-t-elle.
- Perle de Pluie, tu en profiteras pour vérifier la frontière avec le Clan de l'Ombre. Et prends ton apprentie avec toi ; ça lui fera un peu d'exercice.
- Aucun problème, fit-il après avoir longuement bâillé. On se retrouve à l'entrée du camp ? » proposa-t-il à Feuille de Lune, qui acquiesça.
Perle de Pluie entraînait Nuage de Noisette, une des filles de Chipie, depuis bientôt deux lunes ; la jeune chatte, bien que prometteuse, avait du rester au camp assez longtemps après s'être fait mordre par un renard, lequel s'était fait chasser par quelques guerriers furieux. Feuille de Lune avait conseillé à l'apprentie de rester au repos quelques temps,, mais il était désormais grand temps de la remettre au travail, d'autant plus qu'elle se morfondait en attendant de partir à la chasse ou en patrouille.


Ils partirent quelques instants plus tard, la guérisseuse et le guerrier marchant calmement, et Nuage de Noisette batifolant tout autour. C'était un plaisir à voir ; son boitement s'était complètement estompé, et son pelage brun clair luisait au soleil froid du matin. Elle sautait sur des feuilles mortes, prenant la parfaite position du chasseur guettant sa proie ; l'instant d'après, elle se battait avec un ennemi imaginaire.
Lorsque le soleil fut haut dans le ciel, ils arrivèrent au Nid de Bipède Abandonné. Perle de Pluie imposa le silence à son apprentie, qui se tut immédiatement, et s'approcha de la frontière, reniflant dans tous les coins pour vérifier les marques. Feuille de Lune leur adressa un petit sourire, puis s'aventura à l'intérieur du nid.
Cela la faisait toujours un peu frissonner. Il y avait des craquements et des bruits bizarres à intervalles réguliers, et tout semblait toujours sur le point de s'écrouler.
Les plants étaient toujours là ; protégés du froid par un buisson plus important, et bien vivaces, ils ne survivraient pourtant pas bien longtemps au gel et à la neige qui ne manquerait pas d'entrer, poussée par un souffle de vent.
Elle s'abaissa, sépara une touffe de plante du reste et les mordilla à la racine. Le délicieux jus lui donna l'eau à la bouche, mais elle résista à la tentation et détacha les tiges de leurs racines, prenant la précautions de remettre un peu de terre dessus pour qu'elles repoussent à la belle saison suivante.
Elle sortit du nid, et suivit la trace de Perle de Pluie et Nuage de Noisette le long de la frontière. Elle avait fini sa récolte à cet endroit. La tanaisie se trouvait plutôt au cœur de la forêt, ainsi que les racines de consoude ; elle récolterait la menthe aquatique près du lac, quant au cerfeuil, elle en trouverait près du camp.
Elle les rattrapa rapidement ; Nuage de Noisette était tout plate, par terre, se rapprochant doucement d'un mulot insouciant. Elle bondit, s'aplatit sur sa proie et l'acheva d'un coup de crocs à la nuque.
« Bravo ! S'exclama Perle de Pluie.
- Joli coup, en effet », renchérit Feuille de Lune, qui avait posé son herbe aux chats.
Nuage de Noisette entortilla la queue, toute fière.
« J'ai tout ce qu'il me faut par ici, ajouta la guérisseuse en désignant le tas de feuilles à ses pattes.
- Quelle est la prochaine destination ? S'enquit Perle de Pluie.
- Le gros rocher de notre côté de la rivière, un peu plus bas sur la frontière du Clan de l'Ombre, expliqua Feuille de Lune. Il me faut de la tanaisie. Ensuite, on pourra rentrer au camp en passant par le lac. Sur le chemin, on pourra récolter des racines de consoude et de la menthe aquatique. »
Perle de Pluie remua les mâchoires, comme pour bien fixer dans sa mémoire la sensation de liberté qu'il éprouvait. « D'accord, alors on y va. »
Feuille de Lune tomba rapidement sur une grosse touffe de tanaisie, dont elle confia les précieuses tiges à Nuage de Noisette. Elle récolta, non loin de là, quelques racines de consoude qu'elle donna à Perle de Pluie.
Ils se mirent ensuite en route vers le lac.
Le trajet se passa sans encombre ; les trois chats se glissaient silencieusement à travers la forêt, n'attirant pas l'attention d'intrus inexistants. Le calme en était presque angoissant, heureusement, quelques chants d'oiseaux venaient parfois rompre le silence un peu oppressant qui régnait.
Ils arrivèrent finalement au lac, là où l'eau se confondait avec la terre, là où tout était possible.
Feuille de Lune s'approcha au plus près de l'eau, sautant de touffe d'herbe humide en touffe d'herbe détrempée, en passant par une mouillée. Elle s'aventura jusqu'à l'extrême bord de l'eau, près d'une grosse touffe de menthe aquatique, qui semblait pousser là uniquement pour son plaisir personnel. La guérisseuse en détacha une grosse bouchée, puis revint en sautillant vers ses camarades de Clans. Elle donna les plantes à Perle de Pluie, qui ressemblait maintenant à une orte de gros buisson poilu pourvu de poils. Elle-même se chargea de la précieuse herbe aux chats, et ils se remirent en route vers le camp.
Pelage de Granit montait la garde à l'entrée. Il pouffa en les voyant, mais salua respectueusement la chatte. Celle-ci n'était toujours pas habituée aux marques de déférence de ses camarades, bien que celles-ci aient commencé dès qu'elle était devenue apprentie guérisseuse.
Les trois chats pénétrèrent dans la combe rocheuse, et se dirigèrent vers la faille où elle soignait ses camarades. Feuille de Lune laissa les deux autres poser les feuilles n'importe où. Elle les rangerait plus tard ; elle devait toujours aller cueillir du cerfeuil.
Ils ressortirent, la chatte cueillit une grosse touffe de la plante feuillue, puis ils rentrèrent, fourbus, mais avec la satisfaction du travail accompli.
La guérisseuse, après avoir libéré les deux autres, retourna dans son antre pour ranger les herbes. Elle rangea les plantes dans les cavités correspondantes, puis se retourna, il ne lui restait que l'herbe aux chats à mettre dans le dernier creux rocheux. Elle s'arrêta net, stupéfaite.
Deux des tiges s'étaient éloignées, solitaires, vers l'entrée de la faille, alors que les autres plants étaient restés groupés près de la paroi.

*
* *


Dernière édition par Reflets de Lune le Mer 18 Jan - 18:34:47, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Seuls   Mar 10 Jan - 18:59:32



CHAPITRE 2

Une ombre silencieuse sortit de la tanière des guerriers, inaudible au milieu des petits bruits de chats endormis. Un petit chat noir, le possesseur de l'ombre, traversa le camp ensommeillé puis passa sous le nez du garde de faction, qui ne remarqua rien. L'efficacité nocturne était reconnue chez les guerriers du Vent.
Plume de Jais, une fois dehors, s'ébroua sans crainte d'être entendu. L'heure de son rendez-vous de la nuit approchait. Ce moment qu'il avait attendu toute la journée était presque là, à portée de patte. Il se dirigea vers le nord, gravissant une colline. Chaque pas qu'il faisait le rapprochait de son objectif, et c'était la joie au cœur, la jubilation sur le bord de chaque poil, la hâte qu'il sentait dans chacune de ses pattes qui le faisaient accélérer, de plus en plus vite.
Il finit par courir, fière petite silhouette sur le haut de la colline, découpée sur le ciel éclairé par la lune. Son coeur bondissait dans sa poitrine, comme affolé mais en fait surexcité. Il aurait voulu aller plus vite, enjamber les buissons et survoler les ruisseaux. Tous ses sens exacerbés, il sentait le moindre brin d'herbe contre ses coussinets, le moindre souffle de vent sur son pelage, la plus petite étoile dans le ciel, chaque cratère sur la Lune. Les odeurs qui lui parvenaient étaient celles de plaines battues par les vents, des courses infinies et heureuses, les odeurs de la liberté.
Il parvint enfin près d'un ruisseau plus important, où l'eau courait, feu follet entre les galets. Le doux son de son écoulement le fit se sentir encore plus heureux, si c'était possible.
De toute la journée, il n'avait pensé qu'à elle. L'odeur de son pelage qui se diffusait lorsqu'elle faisait un mouvement, l'arc de sa nuque avec son dos, si gracieux bien qu'elle n'en ait pas conscience. L'éclat de ses yeux quand elle était heureuse. Le doux son de son ronronnement, si recherché. Ses bonds, sa façon de s'envoler comme un oiseau libre, ses miaulements tour à tour doux ou décidés ; sa connaissance des herbes ; sa façon de remuer les oreilles lorsqu'elle réfléchissait. Ses moustaches qui frémissaient quand elle riait. Elle enroulait toujours sa queue de plaisir quand il avait le bon mot. Elle semblait toujours heureuse de le voir. Comme lui. Comme il l'était, à chaque instant passé en sa compagnie. Il était aussi heureux qu'un brin d'herbe caressé par un souffle de vent, qu'un rocher éclairé par la lune, qu'un grain de sable effleuré par une des vagues impétueuses de la mer...
Son pelage tigré, brun sur brun, nuancé, et pourtant si semblable.. L'image même de la grâce féminine qui était la sienne. Ses pattes blanches, qui illuminaient tout ce qu'elles touchaient, qui emportaient un rayon du soleil avec elles, même lorsque la nuit était tombée depuis longtemps. Ses yeux profonds, ambrés, aux larges pupilles noires. Il aurait pu s'y noyer.
Elle, elle, elle... si merveilleuse, si extraordinaire, si pleine que Plume de Jais ne pouvait totalement exister sans elle. Il n'était qu'une coquille vide, un tas de poils sans âme. Il avait besoin de sa moitié pour vivre pleinement.
Il arriva au gué, traversa les pierres avec habilité, l'habitude le rendant rapide, et posa une patte sur la terre ferme. Une silhouette attendait là, à quelques queue de chats. Une silhouette tigrée aux pattes blanches.
Feuille de Lune.
Ces mots signifiaient à eux seuls tout ce qu'il ressentait.
Il lui semblait que son cœur allait exploser de joie. Simplement.
Il s'approcha d'elle, ronronnant. Se frotta à elle. Elle ne dit rien, se contenant de lui souffler doucement sur les oreilles. Quelques instants de tendresse plus tard, Feuille de Lune l'entraîna vers un arbre. Il grimpèrent de concert, Plume de Jais surmontant son appréhension du vide grâce à la présence de l'amour de sa vie. Celle qui régissait son existence. Celle pour qui il aurait tout donné, jusqu'à la dernière goutte de son sang, jusqu'à son dernier souffle.
Ils coururent dans les herbes, se mouillèrent les pattes das les ruisseaux, éprouvèrent le goût du vent sur leur langue. Ils contemplèrent la lune, assis l'un à côté de l'autre. Ils envoyèrent un galet dans le lac, pour savourer le bruit de l'eau dérangée. Ils suivirent un papillon de nuit, complices. Ils se partagèrent un lapin, dont ils enterrèrent soigneusement les restes.
Lorsque la lune fut basse dans le ciel, ils se nichèrent entre des racines profondes, et s'endormirent là, heureux, simplement.


Au petit matin, ils se séparèrent. Difficilement. Sur la promesse d'une rencontre le surlendemain.
« Je ne peux pas venir la nuit prochaine, Plume de Jais, soupira Feuille de Lune. Tu sais que c'est la demi-lune... Je dois aller partager les rêves du Clan des Étoiles avec les autres guérisseurs. Mon absence serait trop remarquée.
- Je comprends », répondit Plume de Jais. C'était la stricte vérité. Il comprenait, mais ne voulait pas accepter.
Ils se quittèrent, chacun d'un côté du ruisseau.
Sur le chemin du retour, le guerrier attrapa un lapin endormi, pour justifier sa sortie. Il le traîna jusqu'au camp, incapable de soulever un tel poids. Sa proie était presque aussi grosse que lui.


Toute la journée, Plume de Jais chassa, patrouilla et discuta en apparence. Mais à l'intérieur, son cœur tourmenté pensait à Feuille de Lune. A ce que 'elle faisait. Il pouvait se l'imaginer, assise, debout, couchée, en train de se lécher les pattes. L'habitude avait rendu l'exercice facile.
Il n'avait toujours pas d'apprenti. Après que son amour avec Feuille de Lune aie été révélé au grand jour, ils avaient fait semblant de se séparer, mais personne ne lui faisait réellement confiance. En dehors d’Étoile de Moustache, et de Patte Cendrée, sa mère, sans doute.
De toute façon, ils avaient tort. Avant de s'endormir, Plume de Jais avait discuté avec Feuille de Lune de leurs projets d'avenir. De la façon dont ils s'enfuiraient. Le guerrier comprenait que la jeune chatte ne veule pas laisser son Clan sans défense. Mais lui-même avait l'impression qui son Clan était devenu une prison, et que chacun de ses camarades était un geôlier, le surveillant avec acuité.
Les chats étaient méfiants avec lui. Les chatons ne s'approchaient pas. Plume de Jais vivait en solitaire. Le seul moment où il avait l'impression d'être aimé, c'était lors de ses rendez-vous nocturnes avec la guérisseuse du Tonnerre.
Écorce de Chêne, le guérisseur, quitta le camp au début de l'après-midi. Le voyant sortir, le guerrier eut envie de lui courir après, de le rattraper et de lui imposer sa présence jusqu'à sa dulcinée. Mais il se retint. Furieux contre lui-même.
L'après-midi passa lentement, lentement, et la nuit plus lentement encore. Imaginer Écorce de Chêne en compagnie de Feuille de Lune faisait bouillir Plume de Jais de rage, même si il n'y avait aucune raison à cela.
Il s'endormit difficilement, déchiré entre ses rêves et la réalité.
Le milieu de la nuit le trouva, d'un côté, maugréant contre le manque de sommeil, de l'autre... Joyeux, heureux, plein de verve et d'esprit, léger et amusé, anticipant sa rencontre avec la chatte qu'il aimait.
Il sortit, s'éloigna du camp et grimpa sur un rocher perdu au milieu de la plaine. Il contempla la Lune, rêveur.

Feuille de Lune et Plume de Jais. Plume de Jais et Feuille de Lune.
Celle qui avait ravi son cœur.
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MessageSujet: Re: Seuls   Dim 5 Fév - 15:49:17



CHAPITRE 3

Feuille de Lune marchait bon train sur le chemin de la Source de Lune, aux côtés de Petit Orage, du Clan de l'Ombre, Ecorce de Chêne, du Vent, et Papillon et Nuage de Saule, de la Rivière. La pente était dure, et ses pattes lui hurlaient de s'arrêter, mais la pensée de rêver du Clan des Étoiles la faisait accélérer. Elle voulait voir les ancêtres des Clans. Elle voulait savoir ce qu'il en était de sa relation prohibée avec Plume de Jais. Les dernières fois où elle était venue, les chats-étoiles étaient éloignés, et leurs murmures incompréhensibles.
« Comment va ton Clan ? Demanda Feuille de Lune à Papillon, se forçant à faire la conversation.
- Oh ? Hein ? Euh... Ça va, ça va, répondit la jolie chatte, un peu prise au dépourvu. La chasse est bonne, et il n'y a pas trop de malades. Je m'inquiète juste un peu pour Pierre de Gué, qui s'est ouvert une patte de haut en bas.
- Comment il a fait ça ?
- Il a glissé sur une pierre... au gué. »
Feuille de Lune ne rit pas. Elle ne pensait qu'à son rendez-vous de la nuit suivante. Comme elle semblait un peu dans la lune, son amie la regardait d'un air un peu suspicieux. La chatte tigrée s'ébroua. Ils arrivaient à la Source de Lune, et elle devait se concentrer sur son rêve à venir.
Ils firent une pause, au sommet de la colline. Une fois encore après toutes ces lunes de pèlerinage, Feuille de Lune contempla la combe. Une mare y trônait au centre, alimentée par une petite cascade. Une sensation de sécurité y régnait, comme si ses pas étaient guidés. Lorsque la lune eut atteint le milieu de la voûte céleste, les cinq chats descendirent près du point d'eau. Comme à chaque fois, Feuille de Lune ressentit une certaine émotion en lapant l'eau limpide. Elle s'allongea, posa le menton sur ses pattes et glissa brusquement dans le sommeil.
Elle se trouvait aux Quatre Chênes. Le ciel était bleu, et une légère brise soufflait, faisait bruisser les feuilles des grands arbres. Feuille de Lune pouvait sentir les auras des chats-étoiles, mais ils ne lui apparaissaient pas. Soudain, quelque chose changea. Elle ne pouvait dire quoi, ce n'était pas visible, audible, odorant ou touchable. C'était juste quelque chose d'indéfini qui avait changé. Alors, les chats-étoiles devinrent peu à peu translucides. Ils murmuraient des choses, des choses dont elle ne comprenait pas le moindre mot. Mais elle savait que c'étaient des choses graves, sombres, emplies de ténèbres et de larmes.
« Étoile Bleue ? Petite Feuille ? »
La voix de Feuille de Lune se perdit dans les murmures. Les ombres volaient de plus en plus près d'elle, la frôlant, parfois la traversant. Elle avait beau savoir que ces ombres étaient amies, elle ne pouvait s'empêcher d'avoir peur. Leur essence était bonne, mais leurs intentions n'étaient pas claires, elles lui cachaient quelque chose. La jeune chatte sentit la peur monter en elle comme une vague. Puis la vague déferla.
Feuille de Lune bondit du rocher où elle était perchée, et s'enfuit à travers la forêt. Derrière elle, le sol s'effondrait, les arbres tombaient, l'herbe brûlait... La guérisseuse courait droit devant elle, sans réfléchir, seulement mue par la peur de mourir. Car ce n'avait beau être qu'un rêve, si elle perdait pied ici, jamais elle ne reverrait le Lac... Et Plume de Jais.
Une course folle, sans arrêt, sans prendre le temps de respirer. Feuille de Lune était perdue. Simplement. Pourquoi le Clan des Etoile l'avait-il emmenée ici ?
Brusquement, le paysage redevint familier. C'étaient les plaines à l'est du territoire du Vent, où elle était déjà partie avec Plume de Jais avant de revenir en catastrophe. Le sol ne tremblait plus. La jeune chatte jeta un coup d'oeil prudent derrière elle... Rien. Normalité. Banalité. L'herbe, couchée par le vent à perte de vue, ondulait doucement.
Était-ce un présage ? Sa vie passée s'effondrerait-elle pour laisser place à un futur accueillant, confortable et heureux ?
Dans ce cas, son choix était le bon. Elle devait quitter le Clan du Tonnerre, le laisser seul et s'enfuir avec Plume de Jais. Eux seuls compteraient, ils vagabonderaient à travers les plaines et les bois, jusqu'à trouver un endroit tranquille où ils pourraient s'installer.
Mais alors, que signifiaient ces arbres s'effondrant ? La mort s'abattrait-elle sur le Lac en leur absence ? Elle ne voulait causer de tort à personne, mais elle voulait vivre sa vie comme elle l'entendait. Et cette liberté de choix impliquait qu'elle devait quitter son Clan. C'était le seul chemin possible vers le bonheur.
Elle se réveilla brusquement.
Les autres guérisseurs dormaient toujours. Nuage de Saule semblait concentrée, Écorce de Chêne rassuré, Petit Orage inquiet. Seule Papillon dénotait sur les autres ; elle ne semblait pas ressentir d'émotions particulières, mais pédalait avec ses pattes en tout sens. Sans doute en train de courir après du gibier, dans ses rêves où les étoiles étaient absentes.
Feuille de Lune s'assit et attendait que les autres se réveillent. Quand elle vit que Écorce de Chêne commençait à remuer, elle alla près de Papillon et la réveilla d'un petit coup de patte dans les côtes ; il valait mieux éviter que les autres la voie comme ça.
« Qu'est-ce qui se passe ? Demanda Papillon, étonnée.
- Réveille-toi, lui souffla son amie. Les autres ne vont pas tarder à émerger.
- Ah... D'accord. »
La jeune guérisseuse se leva péniblement et elle s'assirent côte à côte, attendant leurs confrères.
Nuage de Saule fut la première à ouvrir les yeux, puis les deux autres suivirent rapidement. Petit Orage ne dit rien, mais Feuille de Lune comprit qu'il était pressé de rentrer.
Aussi descendirent-ils rapidement la colline. Vers le milieu de la frontière du Tonnerre avec le Vent, Feuille de Lune et Petit Orage dirent au revoir à Nuage de Saule, Papillon et Écorce de Chêne.
En s'enfonçant sur le territoire de son Clan, Feuille de Lune inspira deux petits coups, pour se donner du courage, puis demanda :
« Que se passe-t-il, Petit Orage ? Tu as l'air inquiet. »
Petit Orage, depuis que Museau Cendré lui avait sauvé la vie, avait toujours été en bons termes avec les guérisseurs du Clan du Tonnerre. Aussi Feuille de Lune fut-elle surprise lorsque le petit chat lui répondit avec vivacité.
« Ce ne sont pas tes affaires, Feuille de Lune. Et tu devrais arrêter de fourrer ton nez dans celles du Clan de l'Ombre. Ca ne te regarde pas.
- Mais... »
Petit Orage accéléra brusquement, ne lui laissant pas le temps de finir sa phrase. Apparemment, soit les étoiles lui avaient dit de rompre tout lien d'amitié, soit il avait un gros problème sur les pattes.
Feuille de Lune soupira, puis reprit le chemin du camp. Discuter des problèmes des autres aurait pu lui permettre d'oublier les siens propres. Elle salua rapidement Flocon de Neige, qui montait la garde, traversa le tunnel de fougères et alla se réfugier dans son antre.
Pour se changer les idées, elle se mit à ranger ses herbes. C'était le milieu de la journée, le camp grouillait d'activité et elle aurait mieux fait de dormir ; mais peut lui importait. Elle avait besoin de s'occuper les pattes. Elle rangea la tanaisie à côté du pavot, aligna la bourrache contre le cerfeuil et mit les racines de glouteron sur le côté. Elle poussa la mousse dans un cavité rocheuse bien sèche, rangea des plumes de corbeau à côté, laissant leurs barbes lui caresser les coussinets, tandis que sa mémoire s'emplissait du souvenir de son aimé.
Finalement, elle tourna et tourna sur son nid de mousse, tentant de se ménager une place confortable. Tout son corps lui faisait mal, plein des courbatures dues au voyage.
Son esprit aussi la faisait souffrir. Le rangement ne l'avait pas aidée, et elle continuait à voir des esprits là où il n'y en avait pas. Des étoiles tournicotaient obstinément devant ses yeux. Elle ne trouvait pas le sommeil, obnubilée par ses problèmes, bien qu'elle sache que cela n'arrangerait rien.
Feuille de Lune baissa la tête et ferma les yeux.
Perdue.
*
* *
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Reflets de Lune
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MessageSujet: Re: Seuls   Sam 3 Mar - 14:33:40



CHAPITRE 4

La lune se coucha. Cette nuit, elle avait été presque pleine. L'Assemblée était pour ce soir-là. La nuit la plus difficile pour Plume de Jais. Voir Feuille de Lune et ne pas pouvoir s'en approcher.
Était-ce une sorte de punition divine, si Etoile Solitaire l'emmenait à chaque Assemblée depuis quatre lunes ? Déjà, le jour suivant, il l'avait informé qu'il l'emmènerait encore cette fois-ci. Était-ce une façon de tester sa loyauté à son Clan ?
De toute façon, tous savaient que son cœur ne lui appartenait plus. Il avait été volé.
Plume de Jais rentra au camp en traînant les pattes. En chemin, il coursa un lapin grassouillet, l'acheva d'un coup de crocs à la nuque et le tira avec difficulté. Un bon prétexte pour sa soirée nocturne.
Etait-il un traître ? Cette question le tourmentait plus que tout. Son Clan survivrait bien sans lui. Il n'avait pas d'amis. Mais quoi qu'il en soit, le Clan l'avait nourri, protégé, aidé, jusqu'à maintenant. Enfin, presque. Jusqu'à ce que sa liaison soit livrée au grand jour.
Parfois, il avait des visions. Des hallucinations. Des ombres, l'enfermant dans le nuage des brumes de sa culpabilité. Ces ombres tournaient autour de lui, murmurant, chuchotant, hurlant sans fin. Il ne comprenait pas ce qu'elles disaient, mais il devinait leurs intentions. C'étaient les âmes des chats chassés du Clan des Étoiles pour avoir aimé un chat d'un autre Clan. Pour avoir aimé, simplement.
Jusque là, il n'avait jamais imaginé que la vie fut aussi cruelle. Qu'avait-il fait pour mériter cela ? Il y avait donc un prix à payer pour vivre heureux et libre ?
Le camp grouillait déjà quand il y arriva. Sa mère, Patte Cendrée, le lieutenant du Clan, l'aperçut, remarqua le lapin, son air fatigué, confronta ces observations avec le fait qu'il allait à l'Assemblée ce soir là, et le laissa donc aller dormir.
Plume de Jais, reconnaissant, déposa son butin sur le tas de gibier, et, trop fatigué pour avoir envie de manger, alla s'écrouler sur sa litière.
Il avait l'impression de n'avoir dormi que quelques instants lorsque l'appel familier retentit.
« Que tous ceux en âge de rattraper un lapin s'approchent de la Souche pour une assemblée du Clan. »
Plume de Jais se leva péniblement, s'étira et sortit du recoin où il s'était tapi. Il s'approcha de la souche, qui devait faire la taille de deux queues de chat environ. Étoile Solitaire trônait dessus, contemplant fièrement son Clan. « Je vous ai convoqués pour une raison qui m'honore et me touche toujours particulièrement ; le baptême de deux nouveaux apprentis. Il s'agit de Petit Hêtre et Petit Diable. »
Les deux chatons étaient près de leur mère, Aile Rousse, qui leur lécha une dernière fois le dessus du crâne. Elle leur avait poli la fourrure jusqu'à ce qu'elle brille. Petit Hêtre était une petite chatte blanches tachetée de gris, et Petit Diable un chaton noir aux étranges yeux gris. Ils brillaient d'un éclat particulier, comme si le petit chat savait déjà ce qui l'attendait, jusqu'à la fin de sa vie de guerrier. Il se tenait droit, fier, le regard plein d'une tristesse profonde qu'éclipsait un enthousiasme un peu fou.
Un étrange petit chat, se dit Plume de Jais.
Les deux chatons, intimidés, s'approchèrent de la Souche, d'où Étoile Solitaire descendit pour les rejoindre. Il prit une grande inspiration, et se lança. « Petit Hêtre, jusqu'au jour où tu deviendras une guerrière, ton nom sera Nuage de Hêtre. » Il se tourna vers Belle-de-Nuit, une chatte noire aux yeux ambrés. « Belle-de-Nuit, tu seras son mentor. Je compte sur toit pour lui transmettre ton courage et ta ténacité. » Belle-de-Nuit acquiesça, et s'approcha de Nuage de Hêtre, qui leva la tête pour que leurs nez se touchent. Après le contact, ils se décollèrent, et la chatte et sa nouvelle apprentie regagnèrent les rangs des guerriers.
« Petit Diable, reprit Étoile Solitaire, jusqu'à ce que tu deviennes un guerrier à part entière, ton nom seras Nuage de Diable. » Le chef baissa les yeux, puis les releva vers le ciel. Il parut se concentrer. Plume de Jais, tu seras son mentor. Je compte sur toit pour lui transmettre ton intelligence, ta ruse et ton courage. »
Plume de Jais, estomaqué, hoqueta un peu, puis se reprit et s'approcha de Nuage de Diable, alors que le silence était palpable, aussi palpable que la tension qui régnait. En touchant le nez de son nouvel apprenti, le jeune chat croisa son regard gris acier. Ce regard...
Il renfermait une fierté, une confiance en soi, une telle expansion du caractère que c'en était presque inconcevable. Il se sentait dévisagé, comme si, avec ces yeux, Nuage de Diable pouvait voir jusqu'au plus profond de son être.
Plume de Jais releva la tête, et retourna vers sa place, invitant le petit chat, d'un coup de queue, à le suivre. Le chaton obéit et vint s'asseoir à côté de son nouveau mentor, leurs fourrures s'effleurant, noir sur noir.
Étoile Solitaire embraya sur des nouvelles sans vraiment d'importance ; un nouveau terrier de lapin, quelques renards à l'extrême sud du territoire.
Leurs fourrures, noir sur noir, de la même texture, de la même douceur.
Et, durant tout ce temps, où Plume de Jais jetait des regards furtifs au chaton, un tornade se déchaînait dans son cœur.
Il voyait ses oreilles frémissantes, son pelage de chaton légèrement hérissé, ses petits pattes aux coussinets tout doux, ses grands yeux gris et méfiants... Et, dans son attitude, dans sa manière d'être, dans la tristesse qui habitait le cœur de son apprenti, Plume de Jais retrouvait une part de lui même.
Il en était le premier étonné ; jusque là, il avait toujours pensé que seule Feuille de Lue lui suffirait. Rien que le fait de penser son nom ravivait son parfum et faisait battre son cœur. Mais là... c'était autre chose. Une tension entre les deux chats, entre le mentor et l'apprenti, une tension qui les reliait et les éloignait, une tension qui les empêchait de trop s'éloigner. Un don, entre eux deux. Don du savoir pour l'un ; don de la soif de connaissance pour l'autre. Du respect.
Étoile Solitaire avait-il eut vent des projets de Plume de Jais ? Voulait-il le retenir, attaché au camp, par ce mince fil appelé apprenti ? Pourtant, en regardant Nuage de Diable, Plume de Jais se rendit compte que ce fil avait beau être mince, ténu, il était aussi fort qu'un chêne centenaire. Intranchable.
Lorsque l'assemblée du Clan fut finie, Nuage de Diable commença immédiatement à poser des questions à son mentor, tout en restant pourtant droit et digne. C'était un petit chat bien étrange, porteur de toute la sagesse du Vent, mais posant des questions naïves.
Plume de Jais fixa pour le lendemain la visite du territoire, et, pour terminer la journée avant d'aller à l'Assemblée, proposa à Nuage de Diable l'agréable tâche qu'était le fait de retirer les tiques des anciens. Il expliqua à son apprenti où se procurer de la bile de souris, lui rappela de se rendre à l'entrée du camp au crépuscule, puis sortit dans la plaine.
Il coursa quelques lapins, son attention entièrement focalisée sur Nuage de Diable. Sur ce qu'il lui apprendrait. Sur le programme qu'il comptait mettre au point. Sur la façon dont les yeux du chaton avaient brillé lorsqu'il avait su qu'il irait à l'Assemblée.
Il rentra au camp très chargé. Le crépuscule approchait, et Nuage de Diable l'attendait à l'entrée.
« Tu te laveras les pattes dans la rivière quand nous la traverserons pour aller à l'Assemblée », dit Plume de Jais en remarquant ses coussinets pleins de bile de souris.
Le chaton acquiesça, et le cœur de Plume de Jais se réchauffa.
C'était plus que son apprenti. Sans avoir passé beaucoup de temps avec le chaton, il le savait pourtant.
C'était son frère d'âme.
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MessageSujet: Re: Seuls   Dim 4 Mar - 10:10:31



CHAPITRE 5

Les ombres de la nuit avaient envahi les alentours du lac, voilant de ténèbres et d'inquiétude les eaux calmes. C'était d'habitude un apaisement bienvenu lorsque la nuit tombait pour Feuille de Lune. Mais cette nuit-ci, la lune, pleine et ronde comme l’œil d'une chouette alerte, brillait dans le ciel, faisant presque disparaître les étoiles qui l'entouraient.
L’Assemblée. C'était là que la guérisseuse se rendait, espérant comme chaque lune voir Plume de Jais. Plus que jamais, elle voulait le voir, l'éclat de ses yeux. Rien que l'entrapercevoir lui suffirait. Elle pourrait alors se concentrer sur son boulot jusqu'à leur prochaine rencontre.
Elle voulait aussi parler avec les autres guérisseurs. Surtout avec Petit Orage, qui avait été si étrange lors de la dernière demi-lune. Qu'avait-il pu arriver ? Il avait, de toute évidence, reçut une prophétie ou un présage inquiétant. Cela impliquerait-il les autres Clans ?
Feuille de Lune s'efforçait de s'en inquiéter, mais, à vrai dire, elle s'en fichait comme de sa première application de bile de souris. Ce qui n'était pas peu dire.
Étoile de Feu s'arrêta devant le tronc effondré permettant d'accéder à l'île. Il fit signe à Plume Grise de passer devant, et attendit que tous les chats du Tonnerre aient traversé pour se lancer lui-même sur l'écorce glissante. Le Clan l'attendait de l'autre côté, groupé près du bord.
Il traversa ses compagnons. Leur poil brillant, leurs griffes affûtées, leur yeux fiers et courageux. Il contempla un instant les arbres, avant, d'un coup de queue nerveux, de donner le signal.
Les chats se dispersèrent dans la clairière, tandis qu’Étoile de Feu montait sur l'arbre. Il s'installa à côté d’Étoile du Léopard, et ils parlèrent calmement. Seule Étoile de Jais et son Clan n'étaient pas encore là.
Poil d’Écureuil discutait aimablement avec Poil de Belette, du Clan du Vent. Feuille de Lune s'assit à côté d'elle, faisant mine de participer à la conversation, pour chercher du regard Plume de Jais. Sa sœur lui jeta un coup d’œil sceptique, puis reprit sa discussion avec le chat.
Il était là. Assis sur le bord de la clairière, un chaton noir à côté de lui. Qui était-ce ? Vu sa taille, ce devait être un nouvel apprenti. Celui-ci tourna la tête vers elle, comme si il se sentait observé. Il avait de grands yeux gris avec lesquels il contemplait le monde d'un air étonné. De grandes oreilles, de petites pattes, une longue queue sagement enroulée, des moustaches interminables... Il ressemblait à un chaton trop vite monté en graine.
Feuille de Lune les observait, et elle sentait quelque chose. Ses sens... spéciaux de guérisseuse l'avertissaient qu'il y avait un lien étrange entre ces deux-là, un lien incassable. Piquée par la curiosité, elle s'approcha du duo, alors que Poil de Belette et Poil d’Écureuil la regardaient d'un air surpris. Mais elle n'en avait cure.
Elle traversa un tiers environ de la clairière, et s'assit en face de Plume de Jais.
« Je te présente Nuage de Diable, mon apprenti, fit-il en désignant le chaton.
- Tu... Tu as un apprenti ? Murmura la chatte, désarçonnée. Elle avait deviné qu'il n'était pas encore un guerrier, mais de la à savoir que son aimé était désormais mentor...
- Jusqu'à hier, je n'étais pas au courant, blagua-t-il.
- Ah, ah. » C'était la voix de Nuage de Diable. Profonde, sage, mais avec un touche d'enfantin. Un mélange étrange. Qui était-il ?
« C'est le fils de Belle-de-Nuit et de Plume de Hibou », précisa Plume de Jais.
Mais il furent interrompus par le Clan de l'Ombre, qui arrivait enfin. Leur chef bondit sur une branche basse, et aussitôt les meneurs appelèrent au rassemblement. D'un commun accord, Étoile du Léopard, Étoile Solitaire et Étoile de Feu laissèrent Étoile de Jais parler le premier.
« Salutations, chats de tous les Clans ! Mon Clan se porte bien. Bien que nous soyons à la saison des Feuilles Mortes, chaque chat est bien nourri et nos chatons, ainsi que nos apprentis, sont nombreux ! Nous restons sur notre territoire, mais sachez qui si un seul d'entre vous ose poser une seule griffe de l'autre côté de la frontière, il le payera cher. Très cher. Et son Clan également. »
Il se recula, et, sur ces paroles lourdes de menaces, laissa Étoile du Léopard parler.
« Le Clan de la Rivière se porte également bien. La rivière regorge de poisson. La portée de Pelage de Mousse est née, nous comptons donc trois futurs guerriers dans nos rangs. »
L'annonce déclencha un rumeur d'approbation. La naissance de chatons était toujours un heureux événement. Étoile du Léopard se rassit. Elle n'avait rien à ajouter.
« Les lapins courent et les renards restent dans leur tanière, quoi de mieux pour nous ? » Dit Étoile Solitaire. Et il conclut ainsi. Étoile de Feu se leva.
« Tu me sembles bien sûr de toi, Étoile de Jais, insinua-t-il, sans pourtant rien ajouter à ce sujet. Les petits de Poil de Châtaigne sont presque prêts à devenir apprentis. Je n'ai rien d'autre à ajouter. »
Il sauta de l'arbre, et rassembla son Clan. Depuis la déclaration d’Étoile de Jais, l'atmosphère était tendue.
Pour le voyage du retour, Feuille de Lune trotta à côté de Griffe de Ronce, qui l'invita à se rendre dans la tanière de leur chef dès leur retour. Il devaient discuter en comité fermé.

Étoile de Feu s'assit, leur envoya à chacun une proie. Feuille de Lune s'allongea et prit une bouchée, et Griffe de Ronce fit de même.
« Je vous ai réunis, dit le chef, car votre avis compte pour moi. Que pensez-vous de la déclaration d’Étoile de Jais ?
- Je n'en sais rien, Étoile de Feu, répondit Griffe de Ronce. Il semble apparemment vouloir montrer la force du Clan de l'Ombre, mais si il y avait quelque chose d'autre là-dessous, cela ne m'étonnerait pas.
- Je crois que je sais, dit Feuille de Lune. A la demi-lune, quand j'ai été à la Source de Lune avec les autres guérisseurs, Petit Orage, sur le chemin du retour, avait l'air très inquiet. Je l'ai interrogé, mais il m'a rembarrée extrêmement sèchement. Il y a quelque chose qui se passe dans le Clan de l'Ombre. Je ne sais pas quoi, mais quelque chose de grave, et sans doute de dangereux. C'est comme si... Comme si...
- Oui ? L'encouragea Étoile de Feu.
- Comme si Étoile de Jais préparait un départ, finit Feuille de Lune.
- Tu en es sûre ? Ce n'est pas son genre de partir comme ça, dit Griffe de Ronce.
- Oui, j'en suis sûre, je l'ai vu. Et.. Je ne parlais pas de.. Ce genre de départ.
- Tu veux dire qu'il pourrait peut-être... Mourir ? Demanda Étoile de Feu. Combien de vies lui reste-t-il ?
- Une seule », souffla Feuille de Lune.

Feuille de Lune alla se coucher. La journée – comme la nuit – avait été bien remplie. Elle aménagea sa litière en tournant dessus, puis s'allongea dessus, formant une boule de poils. Elle posa la queue sur son museau. Plus personne n'avait intérêt à la déranger avant que le soleil ne soit haut dans le ciel.

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MessageSujet: Re: Seuls   Dim 18 Mar - 9:27:42



CHAPITRE 6

Deux jours avaient passé depuis l'Assemblée où Feuille de Lune avait fait la connaissance de Nuage de Diable. Plume de Jais, durant ces heures d'entraînement, durant la visite de leur territoire, n'avait été que plus conforté dans la sensation qu'il avait eue juste après le baptême. Nuage de Diable et lui avaient un lien spécial.
Ce jour-là, ils étaient sortis sur la plaine pour un entraînement à la chasse. Les lapins, très exactement. Plume de Jais était parti, seul, tôt le matin, pour trouver un terrier encore vierge de toute intrusion de guerriers, pour initier Nuage de Diable en toute facilité aux joies de la poursuite.
« D'abord, essaye de me rattraper ! Lança-t-il en détalant soudainement, désirant mettre à l'épreuve les compétences de son apprenti.
- Quand tu veux ! » répondit Nuage de Diable, en s'élançant à toute vitesse.
Plume de Jais garda d'abord son avance facilement. Il n'était pas au maximum de sa vitesse, ne voulant pas décourager le jeune chat en le semant trop vite. Mais quelques instants plus tard, sa belle assurance disparut, quand il entendit le bruit léger des pattes de l'apprenti juste derrière lui. Le guerrier accéléra, mais la pression ne diminua pas, bien au contraire. Il se retourna brièvement, et eut la surprise de trouver le novice à une demi-longueur de queue de lui. La tête haute, les pattes étirées au maximum, il plantait ses griffes dans le sol à chaque foulée pour se donner plus d'élan. Il bondissant, volait par-dessus les mottes de terre.
Plume de Jais avait prévu de courir jusqu'à la crête, mais ils arrivèrent dessus beaucoup trop vite ; alors il ne s'arrêta pas, entraînant Nuage de Diable toujours plus loin sur la voie qu'ils traçaient.
Ils arrivèrent près de la rivière les séparant du territoire du Tonnerre trop vite, et Plume de Jais, dans un sursaut d'inquiétude, se demanda si l'odeur de Feuille de Lune régnait toujours là. Il s'arrêta brutalement, se retourna d'un bloc, et bondit sur son apprenti, qui l'esquiva avec habilité.
Leur course se transforma en combat pour rire ; Plume de Jais envoya une brassée de feuilles, qui avaient volé jusque là, à la tête du jeune chat ; celui-ci répondit en donnant un grand coup de patte dans l'eau, la projetant un peu partout.
Le guerrier s'ébroua, chassant les gouttes prisonnières de ses moustaches. Légèrement essoufflé, il laissa l'ivresse de la course retomber, et regarda son apprenti, très fier.
« Tu cours aussi vite que le vent », lui assura-t-il. Et de sa part, c'était un extraordinaire compliment. Il lui adressa un clin d’œil*, et il repartirent vers le terrier de lapins que le jeune guerrier avait trouvé le matin-même.
Nuage de Diable batifolait dans l'herbe, tandis que Plume de Jais le suivait plus calmement, maître de lui, très digne, mais avec un léger frémissement de moustaches, qui trahissait son amusement. Il était rare de voir l'apprenti aussi libéré, aussi plein de gaieté et de joie de vivre. La première chose que les félins remarquaient chez lui, c'était sa maturité, et cette lueur dans l’œil, qui disait qu'il en avait trop vu. Ces yeux... Gris, insondables. Gris d'acier, gris implacable. Gris du courage et de la loyauté, de la ténacité et de la volonté d'aller jusqu'au bout, quoi qu'il advienne.
« Stop », ordonna Plume de Jais lorsqu'ils furent suffisamment proches du terrier pour entendre des crissements de griffes et de petits couinements. « Nous sommes trop gros pour rentrer dans le terrier. Mais j'ai fait des repérages ce matin. D'où vient le vent ? »
Le chaton s'humecta le nez et leva la tête, se concentrant intensément. « Du nord, dit-il calmement, les yeux fermés.
- C'est bien ça. Il y a une ouverture nord, et celle-ci, exactement à son opposé. Je vais contourner leur réseau, et aller libérer un peu de mon odeur de chat en chasse devant l'ouverture du nord. Toi, tu restes ici, derrière cette petite butte. Dès qu'ils vont percevoir mon odeur, ils vont sortir. Il se rueront par ici. Et tu n'auras plus qu'à les cueillir. Ne sors pas de ta cachette trop tôt, sinon ils resteront à l'intérieur.
- Bon plan, approuva Nuage de Diable.
- Tiens-toi sur tes gardes. Quand tu les poursuivras, prends bien garde de ne pas dépasser une frontière ou de te blesser.
- Ne t'inquiète pas, Plume de Jais, ça ira. Je me débrouillerai.
- Dès qu'ils auront pris la fuite, je te rejoindrai.
- Si tu arrives à me rattraper... plaisanta l'apprenti.
- Rêve toujours. » Le guerrier, riant doucement, se détourna et entreprit de contourner le terrier.
Plume de Jais trottinait à petites foulées, ne voulant pas se fatiguer avant sa course contre les lapins. Lorsqu'il fut parvenu à l'entrée nord, il passa la tête par l'ouverture et souffla longuement, avant d'entamer une sorte de danse étrange, destinée à disperser le plus possible de son odeur, qui fut bientôt emportée à l'intérieur par une douce brise. Aussitôt, des bruits de cavalcade retentirent. Ce fut comme un signal pour le guerrier, qui détala sur le chemin, en sens inverse cette fois.
Il courait, le sol défilant sous se pattes à toute vitesse. Il entendit une sorte de petit cri de victoire, e bruit de quelque chose de lourd s'effondrant au sol, puis une course reprenant de plus belle. Inquiet, il redoubla de vitesse, et déboula là où il avait laissé son apprenti. Les bruits s'expliquèrent ; un lapin était étendu au sol, et Nuage de Diable, bondissait un peu plus loin, à la poursuite d'une autre proie.
Le guerrier saisit le lapin, le déposa dans une touffe d'herbe particulièrement volumineuse à côté d'une butte, puis s'élança à la poursuite de son apprenti. La perspective d'un bon repas lui donnait des ailes, et celle de rattraper son apprenti lui permettait de voler.
Il s'envola. En quelques foulées puissantes, il rattrapa Nuage de Diable, et, courant à son côté sans effort, il lui tapota l'épaule de la queue. L'apprenti hocha la tête, et redoubla de vitesse à la poursuite de son lapin.
« Plus vite, lui souffla son mentor. Plus vite, toujours plus vite. Tu le peux. Plus vite. »
L'apprenti allongea encore ses foulées, ses pattes floues tant elles étaient véloces. La houppette de sa proie bondissait devant lui, si proche et pourtant inaccessible. Il baissa la tête, offrant moins de prise au vent, et, dans un ultime effort, bondit sur le lapin. Ils roulèrent dans l'herbe, et l'apprenti l'acheva d'un coup de crocs à la nuque. Plume de Jais s'arrêta en douceur, et revint vers le chaton. Celui-ci, l’œil brillant de fierté, se releva et saisit son gibier entre ses mâchoires.
« Pas mal du tout, pour une première chasse. » Pour Plume de Jais, Nuage de Diable le savait déjà, cela équivalait à une danse de guerre et à une dizaines de cris de joie.
Il baissa la tête, très fier, et ils retournèrent chercher l'autre proie, que Plume de Jais saisit entre ses crocs. Ils s'en retournèrent au camp, et Plume de Jais n’avait de cesse de raconter à tout ceux qu'ils croisaient que c'était Nuage de Diable qui avait attrapé les deux lapins, oui, pendant sa première session d'entraînement de chasse.
Comme la journée n'était pas encore très avancée, Plume de Jais proposa à son apprenti un entraînement au combat. Le jeune chat accepta avec joie, retrouvant toute son énergie.
Il se retrouvèrent dans une petite combe moussue, idéale pour ce genre d'entraînements.
Plume de Jais commença par lui montrer quelques mouvements défensifs, puis lui demanda de l'attaquer, de la première façon qui lui passerait par la tête. Le jeune chat le jaugea du regard, l'air concentré. Ses yeux gris volaient, enregistrant le moindre détail. Soudain, sans prévenir il bondit en avant, et se rua sur son mentor. Celui-ci l'avait vu venir, et s'écarta d'un pas gracieux pour l'éviter.
L'apprenti se recula de quelques pas, et le contempla à nouveau longuement. Un frémissement dans son pelage avertit Plume de Jais, qui s'écarta juste à temps et laissa l'apprenti aller s'enfoncer l'avant du corps, jusqu'à la base du cou, dans un trou plein de mousse. Le chaton en ressortit en tirant d'un coup sec, le pelage plein de brins verts et l'air un peu sonné. Il se secoua une bonne fois, et se rua sur son mentor, qui cette fois ne put l'éviter. Il roula par terre, entraînant le petit chat, et s'en débarrassa d'un coup de patte négligent, avant de se relever d'un coup de reins.
Leur session d'entrainement se poursuivit tout l'après-midi. Nuage de Diable faisait toutes sortes d'erreurs, mais une fois qu'il en avait fait une, plus jamais il ne la refaisait. Au bout de l'après-midi, il était capable de tenir ses positions face à son mentor, un guerrier pourtant expérimenté, pendant deux ou trois attaques.
Le guerrier en concevait une certaine fierté, et une certaine inquiétude tout à la fois.
Ils rentrèrent au camp, et Nuage de Diable dévora la proie que son mentor l'avait laissée choisir. Pis il alla se coucher, tandis que le guerrier, assis dans un coin, ruminait se pensées. Un chat aussi puissant était inconcevable. Il n'était apprenti que depuis trois jours, il chassait d'une manière extraordinaire le lapin, et il se battait comme s'il était en apprentissage de depuis plusieurs lunes. Cette puissance l'inquiétait un peu. Que deviendrait le jeune chat au yeux gris ? Ces yeux dans lesquels brillait cette détermination si féroce...
Plume de Jais soupira, jeta un coup d’œil sur Nuage de Diable, et se roula en boule.
Aller jusqu'au bout, quoi qu'il advienne.
*
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*Oui, les chats peuvent faire des clins d'oeil. Si, si.
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MessageSujet: Re: Seuls   Mer 21 Mar - 14:49:09



CHAPITRE 7

Être fort. Libre, seul sur la plaine immense. Le poil brillant, les muscles souples, les pattes nerveuses, tel le tonnerre roulant dans le ciel. Voler, galoper par-dessus les mille vies de la terre. Sentir l'herbe sous soi voir le ploiement des branches des arbres respirer le parfum du vent goûter la pluie entendre les nuages.
Aller jusqu'au bout, quoi qu'il advienne.
Courir, seul, la nuit, dans le noir et les ténèbres, savoir que l'on est seul, apprécier cette sensation, aller plus vite, toujours plus vite, ne pas ralentir, courir toujours plus vite.
Essuyer les larmes qui perlent. Savoir ce que les autres ne savent pas. Sentir cette vérité au plus profond de soi, l'enfouir pour échapper à la douleur. Mais ce savoir, cette connaissance, elle remonte de plus en plus souvent, elle submerge tout, elle prend le contrôle, et plus rien ne l'arrête. Plus rien ne répond, les muscles n'obéissent plus, savoir, être à l'intérieur et ne rien contrôler. Être un spectateur de son propre corps. Voir son frère d'âme, être là, mais la Connaissance a pris le pouvoir, elle contrôle tout, impossible d'y résister. Elle sait tout, elle fait tout, impossible d'apprendre, la Connaissance est là et elle ne laisse pas une parcelle de pouvoir.
Le Pouvoir. Il est là, lui aussi, il prend de la place, mais laisse celle-ci à la Connaissance quand elle le veut. Il est là, force indistincte permettant de faire tout ce qu'il veut, si seulement il pouvait en prendre le contrôle !
Perdre patte, se sentir emporté. Être seul et libre sur la plaine, être enfermé par la Connaissance et le Pouvoir dans son propre corps. Avoir peur, tout le temps, toujours, à jamais, que la Connaissance et le Pouvoir l'emportent un jour, que jamais son vrai soi ne refasse surface. Savoir que le danger est là, invincible, immortel. Et avoir peur. Car quand la Connaissance prend le Pouvoir avec elle, il sait tout, il connaît le moindre des désirs, la moindre des peurs des autres. Il peut leur faire du mal, si il en a envie. Mais quand la Connaissance se retire, le savoir se retire. Plus de Pouvoir sur les autres. Ils le regardent, ils le savent, ils le déchiffrent, dans ses yeux gris, il y a quelque chose, quelque chose de noir, de gris, de brillant, quelque chose qui est fait d'ombre et de lumière, mélangées, mêlées à jamais. Ni la lumière ni l'ombre ne peuvent l'emporter. Et la Lumière et l'Ombre sont là, et elles se battent, mais aucune n'est plus forte que l'autre. Et les autres le voient, leur subconscient le leur dit, mais ils ne peuvent rien faire, ils ne s'avouent rien, ils pensent que c'est un apprenti comme les autres, un peu spécial peut-être, qui a vu trop d'horreurs et de morts, mais qui est comme tous les autres.
Dans ses yeux, le désespoir brille quand le Pouvoir et la Connaissance sont là. Le dégoût de lui-même est là, mais vite, le masque revient, la carapace de dignité est là, protectrice. Et les yeux gris ne reflètent plus rien d'autre que cette dignité, cet enthousiasme, dans l'espoir de se délivrer du Pouvoir et de la Connaissance.
Être soi, libre, seul. Haïr la Connaissance. Rejeter le Pouvoir. Être le Diable.
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MessageSujet: Re: Seuls   Dim 29 Avr - 12:57:57



CHAPITRE 8


Un miaulement assourdissant réveilla en sursaut Feuille de Lune. Choquée, elle secoua la tête pour se remettre les idées en place, l'impression tenace que, durant la nuit, une chape de miel s'était abattue sur son cerveau. Elle cligna plusieurs fois des yeux, mais le miaulement se poursuivait. Soudain, le lien se fit. Chat qui souffrait, elle-même guérisseuse. Cela menait donc au fait qu'elle était censée aller s'en occuper.
Elle soupira longuement. A quoi son travail la menait-elle ? Soulager des souffrances… Et dire qu'un jour, elle avait pensé que c'était son rêve. Mais la réalité l'avait vite rattrapée, trop vite. Les blessures qu'elle soignait n'avaient pas le temps de cicatriser que le chat qui les portait recevait de nouveaux coups, de nouvelles morsures, de nouvelles griffures. Un travail sans cesse recommencé, qui s'annulait à chaque jour qui passait. Une tâche ingrate. Certes, tout le monde la traitait avec déférence, mais le prix était bien trop élevé.
Cela faisait déjà longtemps qu'elle regrettait son choix de s'engager sur la voie des guérisseurs, mais à présent, elle en était plus sûre que jamais. Ce chemin n'était pas pour elle. Les Etoiles avaient rendu leur verdict, mais la Roue l'avait contesté. Le Destin lui avait ordonné de suivre la voie des guérisseurs, mais le Hasard lui avait fait rencontrer Plume de Jais.
Les hurlements reprirent de plus belle. Au son de la voix, ce devait être Nuage de Frêne. Mais à vrai dire, Feuille de Lune s'en fichait. Complètement. Pourtant, elle devait accomplir sa tâche.
Avec un soupir, elle se leva, et sortit de son antre.
Nuage de Frêne était étendu au centre du camp, se tordant de douleur, alors que Nuage Ailé lui léchait le front pour le rassurer. Il portait une vilaine plaie sur le flanc d’où des flots de sang s’échappaient. Le pourpre teintait déjà le sable qui peinait à tout absorber.
La guérisseuse fronça les babines, puis s’approcha prudemment.
« Un blaireau nous a attaqués ! dit Nuage Ailé, au comble de la panique. Fais quelque chose, vite ! »
Feuille de Lune prit aussitôt conscience de la gravité de la blessure. Il n’y avait pas beaucoup d’espoir, mais elle se devait de le sauver. Elle se rua à l’intérieur de son antre, soudain ranimée dans la peur que le jeune chat meure. Il ne devait pas subir les conséquences de ses propres erreurs. Elle s’enroula une bonne couche de toiles d’araignées sur une patte, se lécha un coussinet, y colla quelques graines de pavot, attrapa des feuilles de souci et ressortit en essayant de ne rien faire tomber.
Arrivée près du jeune chat, elle passa les graines à Nuage Ailé en lui recommandant de les faire lécher à Nuage de Frêne, mâcha le souci en une pulpe tout en déroulant les toiles d’araignée. Elle les appliqua sur la plaie, mais elles s’imbibèrent aussitôt de trop de sang pour être encore utiles. Elle les retira précipitamment, arrachant un petit gémissement à l’apprenti, qui s’effondra soudain encore plus qu’avant, sans connaissance. Nuage Ailé regarda la guérisseuse, qui hocha la tête. Les graines de pavot ne servaient plus à rien. Elle appuya alors avec ses pattes sur la blessure, espérant que cela aiderait le sang à coaguler. Nuage Ailé, la voix entrecoupée, raconta ce qui s’était passé. « On... on était dans la forêt, on… on chassait pour la première fois à deux, sans nos mentors, je veux dire… Et là, je m’étais cachée derrière un gros arbre pour attraper une grive, et un gros blaireau est sortit d’un trou, et… il a griffé Nuage de Frêne, et puis il a du croire qu’il était… qu’il était… mort. Et il est rentré dans sa tanière, il devait avoir des petits… Et j’ai… je l’ai attrapé par la peau du coup, et je l’ai tiré jusqu’ici… Et il laissait une trace de sang derrière nous, et ses pattes traînaient par terre, et j’avais tellement peur qu’il soit mort ! »
Pendant qu’elle parlait, Feuille de Lune avait délicatement retiré ses pattes de la blessure. Elle ne saignait plus. Elle posa une bonne couche de pulpe de souci dessus, puis la banda bien serré avec des toiles d’araignée. Nuage de Frêne, à présent apaisé, ne bougeait pas d’un poil.
« Il… Il va…» L’émotion coupait la voix de Nuage Ailé. «Il va… Mourir ?
- Il vivra, murmura sombrement Feuille de Lune en sentant le faible souffle de vie de l’apprenti juste à côté d’elle. Prends ces graines de pavot, et va dormir. Tu ne feras plus rien de bon aujourd’hui. » Elle n’attendit pas la réponse de l’apprentie, et attrapa Nuage de Frêne par la peau du coup pour le tirer vers un nid de mousse dans son antre.
La jeune chatte soupira longuement en voyant le petit corps poisseux de sang. Elle hocha doucement la tête, puis sortit du camp sans autre bruit que sa respiration. Le rugissement à ses oreilles s’atténua un peu, sa vue fut moins troublée. La catastrophe avait été évitée de peu. Qu’aurait-elle pu raconter à Pelage de Granit, si son apprenti était mort ? Et d’ailleurs, pourquoi le mentor du chaton n’avait-il pas été là ? Pourquoi n’avait-il pas veillé le blessé ? C’était encore sur elle que la responsabilité était retombée, la responsabilité de la vie ou de la mort, du souffle de vie d’un jeune chat, d’un trop jeune chat pour affronter un blaireau à lui seul.
Qu’avait-elle fait pour mériter cela ? Ah, oui, elle avait aimé un chat d’un autre clan. Qu’elle continuait d’aimer et voyait toutes les deux nuits environ, dans le secret de la nuit.
C’était d’ailleurs pour cette nuit. Ils n’en avaient pas parlé à l’Assemblée, la présence de Nuage de Diable était trop gênante, mais Feuille de Lune savait que le rendez-vous était pris, comme chaque fois.
La jeune chatte entreprit une toilette complète. Le goût du sang de Nuage de Frêne lui envahit bientôt la langue, et, triste mais déterminée, elle s’attaqua à son échine, plus déterminée que jamais tracer elle-même son propre chemin. Comme elle avait reconstitué ses réserves seulement quelques jours auparavant, et que Cœur Blanc était au camp, elle décida de s’autoriser une petite escapade divertissante. La chatte blanche s’occuperait de son patient si besoin était.
Soudain surexcitée, la guérisseuse-qui-n’en-était-pas-vraiment-une partit à toute vitesse, contourna deux arbres, bondit par-dessus un tronc renversé, effraya une grive, grimpa jusqu’à mi-hauteur d’un arbre qui passait par là, rebondit dans l’autre sens et traversa un ruisseau, éclaboussant tout dans un rayon de quelques mètres.
Elle s’arrêta soudain, pensant qu’elle devenait folle. Sentant ses pattes qui la démangeaient, et l’excitation qui lui hérissait le pelage, elle haussa les épaules et repartit de plus belle. Elle avait bien le droit de s’amuser. Elle se faisait penser à un chaton, à un apprenti en plein jeu.
Un apprenti. En plein jeu.
Nuage de Diable, dont Plume de Jais était le mentor, était-il seulement capable de jouer ? Y avait-il autre chose dans son esprit que cette froideur de glace ?
Mais elle ne le connaissait pas, pas suffisamment pour se permettre de le juger. Le petit chat devait sans doute essayer de se donner une contenance le jour de l’Assemblée.
La jeune guérisseuse passa le reste de la journée à ne rien faire, ce qui était très reposant. Dès que la nuit commença à tomber, elle suivit le chemin aimé. Elle traversa le territoire du Tonnerre, frôla le Lac, évita le camp, passa près du Vieux Chêne, bondit de pierre en pierre sur le gué, et attendit Plume de Jais.
La première étoile apparut dans le ciel, Feuille de Lune, épuisée par sa course, se laissa tomber au sol, dans la position du sphinx. Moustaches frémissantes, elle renifla l’air ambiant. Son aimé n’était pas encore là.
La deuxième étoile apparut dans le ciel, Feuille de Lune contempla une herbe qui voletait, écouta le chant d’une grive pour le moins nocturne. L’oiseau se tut finalement et s’envola brusquement, brisant la quiétude des lieux.
La troisième étoile apparut dans le ciel, Feuille de Lune se donna un petit coup de langue pour se lisser le pelage, battit de la queue avec impatience. Son oreille droite frémit, une petite brise ébouriffa son pelage.
La quatrième étoile apparut dans le ciel, Feuille de Lune resta de marbre, bien qu’un horrible sentiment commence à envahir son esprit. Elle le repoussa tant bien que mal, mais il poussait, poussait pour lui faire penser que Plume de Jais n’était pas là.
La cinquième étoile apparut, Feuille de Lune posa la tête sur les pattes avant, le cœur lourd d’anxiété.
La sixième étoile apparut, Feuille de Lune retint un sanglot. Ce n’était pas possible, il avait du être retardé, peut-être même s’était-il malencontreusement blessé et ne pouvait-il pas venir…
La septième étoile apparut, Feuille de Lune leva les yeux au ciel et adressa une prière au Clan des Etoiles.
La huitième étoile apparut.
Feuille de Lune baissa la tête, et s’effondra.
Les étoiles apparurent, les constellations se formèrent. La Lune se leva, œil rond et brillant. Tourna dans le ciel. Les constellations disparurent une à une. La dernière étoile disparut, le soleil se leva.
Feuille de Lune poussa sur ses pattes, se mit debout à grande peine. La gorge nouée, le cœur serré, les pattes lourdes, la queue pendante, l’échine malmenée, les poils raplatis, al tête basse, les yeux à moitié fermés.
La guérisseuse se tourna vers le territoire du Tonnerre, et rentra chez elle.

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MessageSujet: Re: Seuls   Sam 9 Juin - 5:32:40



CHAPITRE 9


Un horrible pressentiment assaillit Plume de Jais lorsqu’il se réveilla. Une boule dans la gorge, qui devait être là depuis le milieu de la nuit environ, vu le maigre sommeil agité qu’il avait eu. Le guerrier avala sa salive pour tenter de la faire passer, mais rien n’y fit.
Il y eut soudain une brusque bourrasque de vent, qui ébouriffa le pelage du chat noir. Celui-ci frissonna, secoua la tête et se glissa en direction des apprentis pour réveiller le sien. Les deux compères étaient de corvée de patrouille ce jour-là, et Plume de Jais avait prévu de laisser le chaton le guider à travers leur territoire.
Le guerrier chercha du regard la touffe de poils sombres de son apprenti, et dut faire un deuxième tour du cercle de litières avant de tomber sur celle de Nuage de Diable… vide.
Nuage de Poils, qui dormait encore, leva distraitement la tête et mit deux secondes à faire le point sur Plume de Jais. « Tu cherches Nuage de Diable ? Il n’est pas là, il est sorti cette nuit.
- Et tu n’as pas jugé bon de lui demander ce qu’il allait faire ? fulmina Plume de Jais, l’échine brûlante, sans vraiment de raison.
- Euh… Non, murmura l’apprenti, contrit. Je... Je suis désolé.
- Tu peux bien ! s’emporta le guerrier. Qu’est-ce qui a pu lui arriver ? Par les tiques du Clan des Etoiles, il n’a que six lunes ! Tu te rends compte de ce que ça peut provoquer ? Si il se perd ? Si il lui arrive quelque chose ? »
Au fur et à mesure de ses paroles, Nuage de Poils s’aplatissait de plus en plus, les oreilles aplaties sur le crâne, l’air craintif. Plume de Jais le contemplait d’un air sévère, un vague d’inquiétude montant de plus en plus vite, envahissant ses pattes, dépassant son poitrail, atteignant sa tête… Vite, il fallait faire quelque chose, où il allait exploser dans l’une de ses colères désormais bien connues.
Plume de Hibou, attiré par les éclats de voix, et surtout parce qu’il avait prévu une séance d’entraînement avec Nuage de Poils, accourut prendre la défense du jeune chat.
« Calme-toi Plume de Jais ! Ce n’est pas de sa faute, voyons ! Et ça ne sert à rien de t’énerver comme ça ! Nuage de Diable n’est pas idiot, il peut se débrouiller le temps qu’on le retrouve. Je vais en parler à Patte Cendrée, elle montera une patrouille pour partir à sa recherche. Vas-y déjà, ça te calmera, et surtout ça soulagera les autres. »
Plume de Jais acquiesça, un peu honteux de sa colère mais tout de même mort d’inquiétude. La queue battante, le poil hérissé, il sortit du camp à grands pas.
Où pouvait bien être Nuage de Diable ? Le guerrier commença par chercher sa piste, mais le passage fréquent des chats du Clan près de l’entrée la rendait impossible à retrouver. Il s’éloigna un peu, et se mit à chercher de plus belle. Dans un rayon de trois longueurs de queue de chat environ. Après avoir ratissé le secteur ouest, il passa au côté opposé, et tomba presque aussitôt sur l’odeur un peu éventée de l’apprenti. Fou d’excitation, il la remonta à toute vitesse, s’arrêtant à peine aux changements de directions. Il connaissait si bien l’odeur du petit chat !
Il devina que l’apprenti s’était brièvement arrêté pour guetter un moineau, et des traces lui indiquèrent qu’il ne l’avait pas attrapé. Dommage. L’odeur d’un renard le fit frémir, et surtout accélérer. La pestilence lui inspirait un sentiment de haine et de peur, de peur pour Nuage de Diable plus que pour lui-même.
Des voix prononcèrent son nom. La patrouille de Patte Cendrée, sans doute.
Mais pour retrouver le jeune chat, Plume de Jais avait besoin d’être seul. C’était seul qu’il pouvait deviner ses pensées, seul qu’il pouvait interpréter le plus petit frémissement de moustaches, seul qu’il arriverait à poser la patte dessus.
La gueule légèrement entrouverte pour mieux percevoir les odeurs, le guerrier au poil sombre continua à suivre la double-piste, l’odeur du renard recouvrant un peu celle du chat. Le canidé était donc passé après l’apprenti. Qui pouvait être attaqué à tout moment, ou pire, déjà blessé. Ou mort.
La peur fit accélérer Plume de Jais. Nuage de Diable ne devait pas mourir. Cette perte serait trop dure à supporter. Impossible.
Pourquoi était-il sortit du camp ? Plume de Jais savait qu’il était différent, mais pourquoi la nuit, pourquoi seul, pourquoi si tôt, alors que son apprentissage venait à peine de commencer ?
Plume de Jais, le cœur étreint par une vague de peur, de regrets, courait de toutes ses pattes vers sa funeste destination. Soudain, ce fut comme si son cœur s’arrêtait de battre. Une puissante odeur de sang marquait l’atmosphère de sa lourde présence. Frissonnant, le guerrier réprima un frisson et analysa l’air avec plus de prudence. Son cœur se remit à battre. Le sang était celui d’un renard, avec mêlé dedans, une légère pointe de celui de Nuage de Diable. Se pouvait-il… que ce chaton, à peine sorti du giron de sa mère, soit capable de mettre en déroute l’un des animaux les plus redoutés par les chats des Clans ?
Plume de Jais secoua la tête. L’heure n’était pas aux réflexions stériles. La piste le menait droit vers le lac. Apeuré d’arriver trop tard, il repartit à toutes pattes, et aperçut enfin la surface brillante de l’étendue d’eau en contrebas.
Sur la brillance mordorée des eaux se détachait une petite silhouette, noire de nuit, noire d’encre, noire de vie et de mort. Ce furent les pensées, étranges peut-être, qui l’assaillirent au moment où il vit Nuage de Diable, seul, tout seul.
Soudain silencieux, Plume de Jais descendit les quelques longueurs de queue de renard qui le séparaient de son apprenti et de ses démons. Tout à coup, le guerrier eut envie de hurler. Qu’avait donc cet apprenti ? Pourquoi était-il… comme ça ? Il n’avait rien vécu, rien qui lui faisait mériter ça. Il n’était qu’un chaton comme les… Plus ou moins comme les autres.
Alors qu’il avait parcouru la moitié de la distance, Plume de Jais tendit toute sa concentration vers le chaton. Une image de feu l’assaillit. Le guerrier voulut reculer, se libérer de l’atmosphère lourde et pesante de sa vision. Mais rien n’y fit. Alors il regarda.
La forêt. En feu. Mais… Pas la forêt autour du lac, celle qu’ils avaient quitté voilà bien longtemps, au cours du Grand Périple. Tout était… en feu. Soudain, un éclair roux traversa son champ de vision. Il le suivit des yeux, le regarda plus attentivement… Etoile de Feu. Que faisait-il là ? Ah, oui, bien sûr, c’était son territoire après tout, il avait encore le droit de s’y trouver.
Quelque chose changea.
Tout changea.
Il faisait sombre, à présent, l’eau montait haut. La rivière débordait. Bien sûr, cette inondation à cause de la pluie, et de la rivière… Encore un éclair roux, suivi de gris cette fois. Plus besoin de réfléchir, Etoile de Feu toujours, et Plume Grise.
Quelle était la signification de ces étranges visions ? Se demanda Plume de Jais en s’ébrouant.
Tout changea encore. Le guerrier noir eut un sursaut en percevant des aboiements de chiens. Mais il se rassura. Il n’avait rien à craindre, il n’était pas vraiment là. Soudain, un chien sortit d’entre les buissons et se rua sur lui, tous crocs découverts.
Plume de Jais courut.
Mais tout s’effaça lentement autour de lui, disparaissant peu à peu…
Et il se retrouva sur le territoire du Vent, bien à l’abri de tous ces malheurs.
En face de Nuage de Diable. Qui se retourna.
« Depuis quand ? demanda le guerrier qui, l’espace d’un instant, avait pu partager son esprit.
- Depuis toujours », répondit le chaton.


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MessageSujet: Re: Seuls   Dim 12 Aoû - 18:13:54



CHAPITRE 10


La vie vaut-elle d’être vécue ? Les joies passagères valent-elles la peine de supporter la douleur immuable et inexorable de la solitude ?
C’étaient ces questions que Feuille de Lune se posait en boucle, oscillant entre l’abattement complet et apathique, et une sorte d’énervement qui lui donnait une énergie formidable, lui faisant accomplir des tâches qu’elle s’était promis de faire mais pour lesquelles elle n’avait pas trouvé le temps nécessaire. Cependant c’était une énergie négative, teintée de désespoir et d’abandon, trahissant le désir d’oublier de la jeune guérisseuse.
Feuille de Lune, ce matin-là, n’était pas rentrée au camp. A quoi cela aurait-il servi ? De plus, presque tous les chats du Tonnerre étaient persuadés qu’elle avait abandonné l’amour de Plume de Jais. Enfin, presque. Elle n’en était pas toujours sûre, mais dans certains regards, dans certains miaulements qui lui étaient adressés, elle croyait parfois déceler les ombres du soupçon. Pourquoi revenir en paraissant totalement abattue, ce qui n’aurait fait que raviver leurs doutes ?
La jeune guérisseuse secoua la tête pour se débarrasser de ces pensées parasites.
Plume de Jais l’avait abandonnée, ou pire encore, oubliée. Quel était le plus douloureux à ses yeux ? Elle n’en savait rien, elle voulait juste oublier cette flamme qui lui dévorait le cœur et qui menaçait de l’engloutir toute entière si elle n’y prenait pas garde. Cette flamme rouge et noire, dansante et qui l’envahissait peu à peu, paralysant ses pensées, ses gestes, par intermittences.
Il lui semblait que chaque inspiration était la dernière, et pourtant dès que se poumons étaient vides, elle s’empressait de les remplir à nouveau, refusant d’abandonner la vie.
Soudain, elle perçut un frémissement, droit devant elle. Elle était dans une partie de la forêt particulièrement giboyeuse. Sans réfléchir, comme un réflexe, elle se tendit en avant, remua la croupe quelques instants puis bondit sur un mulot malchanceux. En le tuant, elle n’adressa aucune prière au Clan des Etoiles comme elle avait l’habitude de le faire. Avant. Si ils pouvaient la laisser souffrir autant, ils n’existaient pas, n’était qu’une sorte de rêve, d’illusion commune. Elle ne demandait même pas que Plume de Jais arrive, auréolé de lumière et de gloire, avec une paire d’ailes dans le dos. Non, être foudroyée sur place lui aurait suffit. Juste oublier. Se perdre dans les méandres infinis de l’oubli.
Avant de s’être rendue compte de ce qu’elle faisait, le mulot pendait, inerte, entre ses mâchoires. Elle le posa, et en arracha ne grosse bouchée juteuse.
La viande aurait du être délicieusement fraîche, et pourtant elle recracha le tout avec un puissant haut-le-cœur. Elle balança rapidement quelques mottes de terre sur le petit corps encore chaud et s’éloigna à toute vitesse, pressée d’être loin. Que lui arrivait-il ? Les peines de cœur n’empêchaient pas de se nourrir, aux dernières nouvelles !
Le soleil monta lentement le long de la voûte céleste, grimpant laborieusement les étages de sa course journalière.
Et, à midi, lorsque Feuille de Lune se rendit compte qu’elle devait rentrer au camp, ne serait-ce que pour rassurer sa sœur, à qui elle tenait plus que quiconque, elle remarqua, non sans un certain désappointement, quelle était toujours vivante. Quatre pattes qui fonctionnaient, un nez en excellent état, une queue battante, des oreilles mobiles, et un cœur qui battait plus vite que jamais, comme pour lui rappeler qu’il existait toujours. Qu’il n’avait pas été totalement détruit par la trahison.
La Trahison.
Dans son esprit, Feuille de Lune lui donnait une odeur nauséabonde, une vision d’une forêt sans feuilles d’où s’envolaient un groupe de corbeaux noirs comme la nuit, et surtout, surtout, un pressentiment de mort et de douleur infinie. Une taille écrasante aussi, envahissant tout et ne laissant de place pour rien d’autre.
Le plus étrange, c’était qu’elle n’arrivait pas à le haïr. Elle avait beau se remémorer et se concentrer sur tout ce qu’elle détestait chez lui, son égoïsme, sa vantardise, sa fierté démesurée, elle ne parvenait qu’à voir ses yeux bleus aimants, sa voix et tout ce qui lui manquait tant.
Elle finit par prendre une décision, et après avoir inspiré quatre ou cinq fois, elle reprit le chemin du camp. Son haleine sentait la souris, parfait, elle pouvait prétexter être allée à la Source de Lune et avoir eu un petit creux en rentrant.
La jeune chatte se mit à courir en direction de sa sœur, pressée d’éprouver sa douce chaleur contre elle.
Poil d’Ecureuil avait été celle qui avait le moins condamné son amour pour Plume de Jais. Elle qui avait voyagé avec lui pendant plusieurs lunes, elle comprenait ses sentiments pour lui. Son espèce de charme ténébreux avait fait tomber bien des guerrières sous son charme, mais son sale caractère en repoussait une bonne partie. Sauf celles qui ne pouvaient s’empêcher de s’accrocher, et ne comprenait pad pourquoi le guerrier les repoussait avec tant de dédain. Feuille de Lune les haïssait. Elles, elles pouvaient ouvertement afficher leur intérêt pour Plume de Jais. Se pouvait-il que le guerrier au poil sombre ait finalement succombé aux charmes de l’une d’entre elles ? Cette hypothèse enfonçait une épine dans le cœur de la guérisseuse, mais elle s’obligea à en évaluer la probabilité. La conclusion vint vite, simple ; jamais. Impossible.
Bref, Poil d’Ecureuil l’avait souvent écoutée, bien que Feuille de Lune ait parfois eut du mal à se confier à elle. Mais après des jours de silence, la jeune guérisseuse entraînait finalement sa sœur pour une « partie de chasse », qui finissait en consultation amoureuse. Au début, la guerrière rousse lui avait conseillé d’oublier l’élu de son cœur, et cependant au fil du temps, elle avait compris que jamais la guérisseuse ne se détournerait de lui.
D’une secousse de la tête, Feuille de Lune se débarrassa de ses pensées. Elle devait se focaliser sur le présent. Une seule phrase subsista, tournant et tournant dans sa tête ; plus rien ne serait jamais pareil.
Le camp était en vue, à présent. Feuille de Lune s’arrêta et respira profondément, à nouveau. Il lui fallait se constituer une mine de circonstance. Elle prit un air concentré et soucieux, puis traversa rapidement l’espace ouvert pour se ruer dans son antre, l’air de rien. Soudain, Cœur Blanc surgit devant elle, l’observa d’un coup d’œil, et posa les proies qu’elle emmenait à la réserve.
« Tu as l’air bien soucieuse, Feuille de Lune. »
Crotte de souris, pensa la guérisseuse. Quelqu’un qu’elle ne voulait pas blesser.
« J’ai été à la Source de Lune, se justifia-t-elle, tentant de rester polie. Mauvaises nouvelles. Il faut que j’y réfléchisse, finit-elle pour couper court aux demandes d’explications.
- Ah, répondit platement Cœur Blanc. Bonne… réflexion alors. »
Et elle s’en alla en récupérant son gibier au passage. Feuille de Lune poussa un soupir de soulagement et se dépêcha d’entrer dans sa tanière, avant de se faire agresser par d’autres membres bienveillants du Clan.



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MessageSujet: Re: Seuls   Jeu 14 Fév - 17:06:43



CHAPITRE 11

lls seront trois, lune, plume, griffe. Un des trois devra faire un choix entre deux pour que trois moins un survivent.

Nuage de Diable s’éveilla en sursaut. Le cauchemar avait changé. A présent, il ne distinguait plus toutes catastrophes, guerres et famines qui accablaient les Clans, non, sa vision avait été plus… resserrée. Oh, il percevait toujours les malheurs qui arrivaient, bien sûr, mais ils étaient comme flous, écartés sur les côtés. Cette fois, au milieu de ces entremêlements, il avait distingué trois chats.
Trois chats épuisés, trois chats couverts de boue, trois chats qui n’avaient pas mangé depuis longtemps. Trois chats poursuivis par les bêtes sauvages, par des monstres.
Trois chats qui continuaient d’avancer. Sans jamais perdre leur courage, leur espoir, leur loyauté envers leur petit groupe.

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MessageSujet: Re: Seuls   Jeu 14 Fév - 17:15:39



CHAPITRE 12


Plume de Jais fut réveillé par une odeur de peur, mais, avant qu’il n’ait pu en détecter la source avec précision, elle s’estompa. Il haussa les épaules, et, bien que ce soit un acte d’insubordination et surtout, d’irresponsabilité, il sortit chasser en évitant Belle-de-Nuit qui montait la garde. C’était absolument parfait. Il abandonnait son apprenti et personne ne saurait où il était. L’idéal si il voulait s’éclipser discrètement, plus tard, avec Feuille de Lune…
Feuille de Lune.
Feuille.
De.
Lune.
Plume de Jais répéta les trois mots dans sa tête quelques fois savourant le nom de celle qu’il aimait.
Puis un déclic se produisit, et il se rendit compte qu’il n’était pas allé à leur rendez-vous, ce qui équivalait soit à une promesse d’assassinat de la chatte sur sa personne, soit à pire. Ce qui était difficilement concevable, mais tout de même.
Bref, Plume de Jais se releva soudainement, effrayant le campagnol qu’il avait traqué dans les hautes herbes, et se rua vers la frontière, s’emmêlant presque les pattes au démarrage. Il sauta par-dessus un troc, se faufila entre des fougères, nia un lapin qui s’était proprement jeté entre ses griffes, se retrouva trempé en glissant sur une feuille et en atterrissant dans une flaque particulièrement boueuse. Cependant, il ne s’ébroua pas ; tout était bon à prendre pour masquer son odeur puisqu’il allait s’introduire en territoire ennemi.
Une fois qu’il eut traversé le ruisseau qui venait de la Source de Lune, il veilla à ralentir l’allure et à se mettre à couvert. Ce qui était une bonne idée, car il avait à peine fait deux pas de l’autre côté de la frontière qu’une patrouille passa. Elle était composée de Tempête de Sable et d’une autre chatte que Plume de Jais détestait tellement qu’il avait fait exprès d’oublier son nom.
Il adorait faire ce genre de choses. Il savait que c’était vraiment très mesquin, mais dédaigner un chat de cette manière lui plaisait particulièrement.
Les deux chattes passèrent devant son buisson, et s’éloignèrent sans rien remarquer, trop prises qu’elles étaient par leur dispute. Car, bien évidemment, elles se disputaient. Plume de Jais avait toujours su que Tempête de Sable avait du goût pour choisir ses relations.
Lorsqu’il jugea qu’elles étaient suffisamment loin, il continua sa progression à travers la forêt. Puisque Feuille de Lune avait dû l’attendre toute la nuit et qu’elle devait être blessée comme jamais, elle devait s’être réfugiée dans sa tanière, là où tout le monde savait qu’elle était mais où personne ne viendrait la déranger. Il fallait donc qu’il trouve un moyen d’entrer dans le camp du Tonnerre sans se faire repérer, c’est-à-dire mission impossible, sauf si…
L’odeur qui lui effleurait le nez depuis quelques instants lui donna une idée diabolique, mais du moment qu’elle marchait, il s’en contenterait. Aussi, il se figea, repéra un campagnol qui grignotait imprudemment non de lui, et l’attrapa d’un seul bond. Ensuite, il suivit la trace qu’il avait repérée un peu plus tôt, en prenant bien soin de secouer la tête dans tous les sens, afin que l’odeur de sa proie se répande bien partout autour de lui.
Dès qu’il aperçut un bout de queue roux et blanc devant lui, il rebroussa chemin à toute vitesse, mais en prenant bien garde de ne faire aucun bruit. Il s’approcha aussi près du camp qu’il l’osait, balança le campagnol dans l’entrée, se recula prestement et contourna l’ancienne carrière par l’arrière.
Il entendit bientôt des cris.
« Un renard ! Il y a un renard dans l’entrée du camp !
- Prends Pelage de Suie et Perle de Pluie avec toi, et essaye de l’entraîner vers l’extérieur, répondit aussitôt la voix d’Etoile de Feu. On ne peut pas le combattre dans le camp, ni dans le tunnel de ronces. »
Plume de Jais réprima un ricanement de satisfaction qui l’aurait rendu trop diabolique, et descendit par le passage secret qui menait au camp du Tonnerre. Comme il l’avait prévu, lorsqu’il émergea de la fissure, les reines et les anciens étaient rentrés, ainsi que les apprentis, tandis que les guerriers étaient partis se battre contre le renard. Bref, la voie était libre pour lui.
« Feuille de Lune ! » s’écria-t-il en se ruant vers l’antre de la guérisseuse. Seul un grognement lui répondit, mais, ne se décourageant pas pour si peu, il s’aventura dans le tunnel, le nez en avant.
C’est le sifflement qui le prévint de l’imminence d’un coup de griffes, et il se recula juste à temps pour n’avoir que le bout de la truffe égratigné.
« Toi ! » rugit la chatte. Elle s’avança à découvert. « Tu – n’étais – pas – là ! fit-elle en ponctuant chaque mot d’un coup de griffes, que Plume de Jais ne parvint pas à tous éviter.
- Non, fit-il en reculant encore un peu, mais laisse-moi t’expliquer…
- Il n’y a rien à expliquer ! » Elle écumait littéralement de colère mal rentrée, et Plume de Jais se demanda ce qu’il devrait faire si elle avait soudain une attaque. Aussi, il s’employa à la calmer.
- « Ecoute, je te jure que…
- Tu ne me jures rien du tout ! J’ai vu ce que vaut ta parole, tu peux la garder !
- C’est pas de ma faute, j’ai eu un contretemps, Nuage de Diable avait disparu, mais finalement j’ai réussi à le retrouver, en fait, il a plein de visions bizarres, et c’est pour ça que je n’ai pas pu venir te retrouver hier, je devais le chercher et dès que j’ai eu un moment de libre je suis venu, mais bon, tu comprends, je devais trouver un moyen d’entrer, et bon, il y avoir ce renard alors j’ai pensé que…
Il avait dit tout cela d’une traite, sans respirer. Mais Feuille de Lune ne lui laissa pas le temps de souffler.
« Tu as pensé que tu pourrais en profiter ! hurla-t-elle, folle de rage. Tu as pensé au fait qu’il y aura des blessés ? Que, par ta faute, peut-être qu’il y aura des morts ?
- Mais non, je les ai vus, ils s’en sortent très bien… » Ce qui, bien sûr, n’était pas vrai, mais elle n’avait pas besoin de le savoir.
Feuille de Lune se calma soudainement et s’assit en alignant bien ses pattes. Puis elle posa sagement sa queue par-dessus. Ensuite, elle le fixa de ses grands yeux ambrés.
« Plume de Jais, commença-t-elle, partons tout de suite. »
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